Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Jean Rigal

La foi chrétienne face au pluralisme religieux

Le pluralisme religieux est un véritable fait de société. Il conduit à s'interroger sur ce que chacune annonce et vit d'original. C'est à la fois une question humaine et une question de foi. Nous sommes tous des chercheurs de Dieu et de vérité. Le concile Vatican II a reconnu qu'il y a des éléments valables dans les religions non chrétiennes. Il a rappelé l'urgence d'un dialogue avec elles.

La diversité des religions est sous nos yeux. Cet élargissement du regard est favorisé par les médias, les nouveaux moyens de communication, les voyages, les études, l'immigration, etc. On parle de 40 millions de Français environ qui se déclarent « catholiques », de 4 à 6 millions de musulmans, de 600 000 juifs. Il est très difficile de fournir des statistiques, même très approximatives. D'autre part, le pluralisme religieux est devenu un véritable fait de société. Il prend une dimension symbolique : non seulement il éclate au grand jour, mais il devient signe de tolérance, d'éclectisme, de modestie, de curiosité, de liberté. Ainsi devient-il doublement légitime de s'interroger : « Toutes les religions se valent-elles ? »

Ceux qui répondront « non » se verront accusés d'orgueil, d'autosuffisance, voire d'hypocrisie ou d'ignorance. Qui sont ces gens qui se déclarent supérieurs aux autres, se croient détenteurs de la vérité, considèrent la religion des autres comme fausse ? Et les esprits les plus critiques les accuseront de réagir ainsi parce qu'ils se sentent ébranlés dans leur propre foi, menacés dans leurs certitudes. Avec une telle approche de la question, le dialogue interreligieux devient difficile, sinon impossible.

À l'inverse, l'autre catégorie d'interlocuteurs proclamera que toutes les religions se valent. Mais cette affirmation n'est satisfaisante ni humainement, ni du point de vue de la foi. Humainement, car on ne peut pas mettre sur le même plan les pratiques de certaines religions qui insistent sur la justice, le partage, la paix et celles d'autres religions qui semblent bien déshumanisantes (avec des sacrifices humains dans le passé, ou le mépris total des femmes, aujourd'hui encore). Sur le plan de la foi, aussi : comment un croyant sincère et très motivé ne se sentirait-il pas alors agressé dans ses convictions et son désir de dire sa foi ?

Bref, comment répondre en termes de « oui » ou de « non » à une question qui paraît totalement enfermante ? De plus, l'Église catholique considère, plus précisément à la suite du concile Vatican II, qu'il importe de découvrir ce qu'il y a de positif et d'interpellant dans les différentes religions. C'est à cette condition que le dialogue est fructueux et que l'action commune devient possible. À charge de réciprocité, bien entendu.

Cette ouverture - on s'en doute - est rejetée par des extrémistes de tous bords, y compris catholiques. Néanmoins, elle est non seulement admise, mais promue par l'ensemble des responsables de l'Église catholique, spécialement en prenant appui sur la déclaration du dernier Concile sur « les religions non chrétiennes ».

Que dit Vatican II ? Mais d'abord que ne dit-il pas ? Il ne lance aucun anathème. Il refuse de traiter les membres des autres religions comme des « hérétiques » ou des « infidèles ». On l'a fait autrefois, dans un contexte culturel et religieux bien différent de celui d'aujourd'hui. De nos jours, les Églises sont les premières à reconnaître les fautes du passé et à demander pardon. Le pape Jean-Paul II n'a pas craint d'évoquer « les méthodes d'intolérance et même de violence dans le service de la charité [1] ». Et Benoît XVI s'est exprimé dans le même sens : « L'Église catholique condamne les graves erreurs accomplies dans le passé, tant de la part d'une partie de ses membres que de ses institutions ; et elle n'a pas hésité à demander pardon. L'engagement pour la vérité l'exige [2]. »

Avec Vatican II, un nouveau regard sur les religions

La question que s'est posé le concile Vatican II est celle-ci : y a-t-il des éléments valables dans toutes les religions du monde ? Et là, le Concile a répondu « oui » de la manière la plus nette. Il y a dit-il, du vrai et du bon dans les autres religions (Optatam totius, § 16) et il ajoute de manière plus précise : « des éléments précieux, religieux et humains » (Gaudium et Spes, § 92), des « traditions contemplatives » (Ad gentes, § 9). Il est significatif que toute une Déclaration, Nostra aetate, soit consacrée à cette question. « L'Église catholique ne rejette rien, proclame le Concile, de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d'agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu'elles diffèrent en beaucoup de points de ce qu'elle-même tient et propose, cependant apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes » (§ 2). Cette proclamation est essentielle. C'est une manière de dire que toutes les religions témoignent, pour leur part, de la vérité absolue qui - pour les croyants - ne réside qu'en Dieu.

Le Décret sur l'activité missionnaire de l'Église (Ad gentes) relèvera que des éléments « de vérité et de grâce se trouvent, chez les nations, comme par une secrète présence de Dieu » (§ 9). Il invitera les chrétiens à découvrir « les semences du Verbe » qui se trouvent cachées dans les traditions nationales et religieuses des peuples. Cette expression « semences du Verbe », employée jadis par les Pères de l'Église, visait d'abord la philosophie grecque ; elle est ici appliquée - et pour la première fois dans un document magistériel de l'Église - aux religions non chrétiennes (AG, § 11 et 15).

La recherche de la vérité est bien un objectif prioritaire. Les Églises ne cessent de rappeler que, pour les chrétiens, Jésus seul est véritablement « la Vérité », mais elles s'accordent à reconnaître que : « La plénitude de la vérité reçue en Jésus-Christ ne donne pas au chrétien la garantie qu'il a aussi pleinement assimilé cette vérité. En dernière analyse, la vérité n'est pas une chose que nous possédons, mais une personne par qui nous devons nous laisser posséder. C'est là une entreprise sans fin. Tout en gardant intacte leur identité, les chrétiens doivent être prêts à apprendre et à recevoir des autres et à travers eux les valeurs positives de leurs traditions. Par le dialogue, ils peuvent être conduits à vaincre des préjugés invétérés, à réviser des idées préconçues et même parfois à accepter que la compréhension de leur foi soit purifiée [3]. » Ce texte autorisé manifeste beaucoup de modestie et une grande ouverture.

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[1] Jubilé de l'an 2000, n° 35.

[2] La Documentation catholique, 5 janvier 2006, p. 105.

[3] Ces précisions sont extraites du document « Dialogue et Annonce » publié par le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux et la Congrégation pour l'évangélisation des peuples, 1991, n° 49.

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