Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

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Michel Trimaille

Les dimanches de l'avent 2005 (année B)

Suite du n° 136, octobre 2005, p. 17-23

Troisième dimanche de l'avent

La liturgie de ce troisième dimanche honore bien la double perspective de l'avent :
-  La 1ère lettre de saint Paul aux Thessaloniciens baigne dans le climat de l'attente de la Parousie, puisque c'est l'épître du Nouveau Testament qui utilise le plus souvent le mot. Paul a enseigné à ses correspondants que « nous les vivants, nous seront encore là lors de la Parousie du Seigneur, quand le Seigneur descendra du ciel » (1 Th 4, 15). Les dernières recommandations et la prière finale de l'Apôtre (1 Th 5, 16-24) dirigent l'esprit de ses lecteurs avec ferveur vers cette venue du Seigneur.
-  Comme annoncé auparavant, l'évangile de ce dimanche campe à nouveau Jean-Baptiste, cette fois dans son rôle de témoin de la lumière. Le passage est fourni par l'Évangile selon saint Jean, et combine les versets 6-8, qui font partie du Prologue, avec la scène de l'ambassade des pharisiens auprès du Baptiste (Jn 1, 19-28). Is 61, 1…11 est une des pages les plus célèbres de ce livre : quand Jésus se manifestera dans la synagogue de Nazareth (Lc 4, 16 s.), il affirmera que cette prophétie s'accomplit en sa personne. Ce passage peut être lu dans les deux directions : d'une part comme une annonce de celui dont nous nous préparons à célébrer la première venue et qui porte en lui les espoirs humains les plus fous ; et d'autre part selon la perspective eschatologique : sa venue au terme de l'histoire remplit de joie la communauté qui vit dans l'espérance de sa Parousie.

C'est alors avec le Magnificat que l'assemblée de ce dimanche est invitée à méditer : son refrain - » J'exulte de joie en Dieu mon Sauveur » - donne le ton. Le troisième dimanche de l'avent était, avant Vatican II, le dimanche de Gaudete ou de la joie (le célébrant portait des vêtements liturgiques roses qui n'étaient pas du meilleur goût !), thème repris immédiatement après le chant du psaume au début de la deuxième lecture : « Frères, soyez toujours dans la joie ! »

Quelques repères bibliques

Is 61, 1-2a. 10-11 : En omettant les versets 3-9 de ce chapitre, la liturgie accomplit une opération qui n'est pas sans conséquence pour le sens du passage. En procédant ainsi, elle obtient un texte cohérent, avec un locuteur qui parle d'un bout à l'autre à la première personne du singulier : « je ». Qui est ce « je » ? Le Targum d'Isaïe ajoute, au début du chapitre : « Ainsi parle le prophète », c'est-à-dire l'auteur des chapitres 56-66, appelé par les biblistes le Trito-Isaïe. Ils le distinguent ainsi de l'auteur des chapitres 40-55 connu sous le nom de Deutéro-Isaïe. Cette identification (c'est un prophète) correspond à la lecture qu'en faisait le Jésus de Lc 4, 17 s. Il ajoute, en effet, quelques versets plus loin : « un prophète n'est méprisé que dans sa patrie… » Même s'il est difficile de trouver, dans la Bible, la pratique d'une onction liée à l'institution d'un prophète ! L'onction semble réservée aux rois et aux prêtres. Mais il n'est pas impossible que, au retour de l'Exil, un prêtre se soit vu reconnaître une fonction prophétique.

Quoi qu'il en soit, les deux premiers versets de cette lecture énumèrent les diverses dimensions de la mission de ce héraut de Dieu. Ce programme s'éclaire, pour le lecteur d'Isaïe, au souvenir de ce que le 2e Isaïe a déjà dit à propos du grand témoin appelé « Serviteur du Seigneur » : il s'exprime lui aussi sous forme de monologue. En Is 42, 1, il bénéficie d'une onction de l'Esprit ; en Is 42, 2-3 et 6-7, sa mission est toute de miséricorde, en Is 49, 8, il est question comme ici d'une année de grâce. Notre prophète s'inspire de son prédécesseur, même si les circonstances sont différentes. Il s'adresse en effet à un peuple d'Israël menacé par le découragement car la restauration ne se déroule pas comme les exilés l'avaient espéré. C'est pourquoi le prophète prête sa bouche à la promesse d'une intervention décisive de Dieu en faveur d'un peuple d'affligés.

Les divers éléments de son portrait sont truffés de réminiscences qui lui donnent toute son ampleur :

Le terme « Esprit » désigne l'action spirituelle et efficace de Dieu. En Is 11, 1-2, il repose sur le Roi messianique : « Sur lui [le rejeton royal] reposera l'Esprit du Seigneur, Esprit de Sagesse et de discernement… Et en Is 42, 1-2, Dieu déclare à propos de son Serviteur : « J'ai mis mon Esprit sur lui. » Ici, la précision selon laquelle le héraut de Dieu a reçu l'onction de l'Esprit injecte à nouveau une dimension messianique, puisque « Messie » signifie « Oint ». Mais il y a une différence entre une « onction d'huile » (sens propre) et une « onction d'Esprit » (sens figuré). En ce cas, « onction » signifie « illumination intérieure en vue de la connaissance de la Parole de Dieu et affermissement spirituel pour être capable de se laisser conduire par elle ».

« Évangéliser » a déjà été utilisé en Is 40, 9 et 41, 27. Dans ces chapitres, « évangéliser », c'est « annoncer un joyeux message » (le français « message » est bien préférable à « nouvelle », car il ne s'agit pas d'une simple information, et elle est loin d'être toujours nouvelle. C'est la raison pour laquelle un ange - » ange » est au cœur du mot évangile - est un « messager » et pas un « nouvelliste »).

Les pauvres : c'est un des termes clés de ce passage. On sait qu'à partir de son étymologie - les 'anwîm - il indique « l'humble soumission ».

Libérer les prisonniers : en Lc 4, 18, la libération procure la lumière, car les prisonniers quittent les ténèbres du cachot pour la lumière du jour. Le 3e Isaïe vise un salut total de l'homme, aussi bien corporel que spirituel, collectif autant qu'individuel.

Année de bienfaits : il s'agit d'un jubilé exceptionnel ! L'idée qui est à l'origine de l'institution du jubilé et selon laquelle la terre doit revenir périodiquement à son Créateur pour que celui-ci la redistribue avec égalité et bonté (Lv 25, 10) témoigne de l'espérance d'un monde nouveau.

Versets 10-11 : à l'annonce du prophète énumérant les fonctions salutaires dont il a été chargé, l'assemblée répond par un couplet d'allégresse devant la perspective du bonheur ainsi annoncé. Le découpage de notre lecture n'a pas conservé ce type de dialogue : héraut/assemblée. Aujourd'hui, c'est le même « je » du prophète qui « tressaille de joie dans le Seigneur ». Ce n'est pas illégitime dans la mesure où, dans un groupe, les sentiments de tous sont exprimés par un personnage important. Disons que le prophète, après avoir énuméré les tâches de salut à lui confiées, se réjouit à l'avance de leur heureux accomplissement. Les comparaisons utilisées par le poète nous évocatrices de joie et de bonheur : un fiancé et une fiancée dans leur costume de fête et la rutilance de leurs bijoux ; des bourgeons qui explosent au soleil du printemps dans un jardin dont la récolte s'annonce exceptionnelle : on est en pleine promesse de vie et de bonheur !

1 Th 5, 16-24 : On trouvera de plus longues considérations dans Cahier Évangile, n° 39 (Paris, Éd. du Cerf), et dans Chantal Reynier, Michel Trimaille, Les Épîtres de Paul, t. III, Commentaire pastoral, Paris, Éd. Bayard, 1997.

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