Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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République démocratique du Congo

Depuis le départ du pays des diverses armées étrangères qui l'occupaient partiellement et la tentative de réalisation d'une réconciliation nationale entre les parties congolaises divisées, avec également la reconnaissance internationale dont bénéficie le président Joseph Kabila, la situation aurait dû sensiblement s'améliorer en République démocratique du Congo. Pourtant, rien n'est stable : la négociation intercongolaise est encore bien fragile ; des bandes armées sèment la terreur dans certaines parties du pays ; les troupes étrangères, en particulier rwandaises et ougandaises, ne sont pas loin. Géographiquement, dans la région de l'Ituri, dont les richesses suscitent la convoitise des voisins et avivent des tensions interethniques entre Hemas et Lendus, la paix est très fragile. Par ailleurs, depuis juin 2003, une force multinationale dirigée par la France a été déployée dans la région. Au Kivu, la situation est tout aussi explosive, en particulier autour de Bukavu, en juin 2004. La mise en place d'un gouvernement de transition en juin 2003 peut donner quelque espoir, mais l'avenir est cependant bien incertain, tant les facteurs d'instabilité sont nombreux.

Restaurer la paix dans toute la région

Le problème de la paix en République démocratique du Congo s'inscrit dans une logique régionale, ainsi que l'explique un récent rapport du mouvement Pax Christi International à la communauté internationale, rapport dans lequel cette organisation exprime sa grande inquiétude à propos du processus de paix et de réconciliation dans la région. En effet, les conflits qui affligent les pays de la région (Congo RD, Rwanda, Burundi, Ouganda) ont provoqué des millions de morts et de réfugiés, avec « de graves conséquences sur le plan humain, économique, politique, social et environnemental », dit le document de l'organisation humanitaire catholique. « Il est évident, ajoute ce rapport, que les causes des conflits varient en fonction de la complexité de la situation de chaque pays, mais il existe des éléments communs qui continuent à aggraver la situation dans la région. » Et notamment : « manque de démocratie et d'institutions démocratiques ; immaturité de la classe politique, mauvaise gouvernance et corruption ; non-respect des accords et du droit international ; impunité pour les crimes et le clientélisme politique ; pillage des ressources naturelles de la part d'une élite politico-militaire, absence d'armées nationales capables d'assurer la sécurité de la population et l'intégrité des frontières, prolifération et commerce illégal des armes légères ». Pour ramener la paix dans la région, Pax Christi International demande à la Commission pour les droits de l'homme des Nations unies d'adopter une résolution contenant un appel à la communauté internationale en vue de « poursuivre les efforts pour soutenir le processus de pacification nationale dans chaque État et le processus de normalisation des relations entre les États de la région ; créer des structures communes et transfrontalières pour garantir la sécurité des frontières et éradiquer le commerce illégal des armes légères ; accélérer les efforts et soutenir la capacité de la MONUC (Mission des Nations unies au Congo) d'imposer des conditions de sécurité au Congo, et de démobiliser et désarmer les factions en lutte ; renforcer la force de paix africaine déployée au Burundi ; soutenir la démobilisation des enfants soldats et assurer leur intégration sociale ; faire la lumière sur les nombreux actes de violence contre les femmes ; mettre fin au commerce illégal de diamants, de coltan et autres ressources naturelles, qui alimente les conflits dans l'Est de la RDC ; renforcer les mécanismes de contrôle et d'accompagnement des élections et de rétablissement du système judiciaire ; créer un Tribunal pénal international pour les Grands Lacs ; subordonner l'aide au développement aux pays de la région à la création de mécanismes de bonne gouvernance et à la mise en œuvre de politiques sérieuses en faveur de la réduction de la pauvreté ».

L'action des évêques du Congo

Les évêques de la République démocratique du Congo ont été actifs tout au long de 2004 pour donner une chance à la paix. Parmi de multiples interventions, il convient de relever le message qu'ils ont adressé aux fidèles catholiques et aux hommes et aux femmes de bonne volonté au début de cette année à l'issue de la réunion du Comité permanent des évêques. Si les évêques se réjouissent des avancées de la transition mise en place depuis juin 2003, ils insistent surtout sur les zones d'ombres qui persistent et qu'ils dénoncent fermement. Ils se dressent particulièrement contre un dangereux déséquilibre social. Ils se déclarent affligés de constater qu'au lieu d'œuvrer pour la promotion sociale, les dirigeants du pays « s'octroient des avantages sociaux qui manifestent ouvertement leur désintérêt général pour le bien-être de la majorité de la population. Outre qu'ils multiplient des missions aux avantages juteux, ils s'offrent un train de vie qui n'a rien à voir avec la précarité de nos finances nationales. N'ayant rien entrepris contre la corruption qui infecte tous les services dans notre société, ils sont les seuls à bénéficier de l'accalmie de l'après-guerre. Ce déséquilibre crée un malaise social ressenti dans toutes les couches de la population et dont les gouvernants ne semblent pas mesurer suffisamment la gravité ». Par ailleurs, l'épiscopat dénonce l'insignifiance de la réalisation des réformes pourtant annoncées avec pompe. En revanche, elles sont manifestement « des promesses politiques exploitées pour des fins électorales ».

L'épiscopat congolais dénonce encore d'autres zones d'ombre, parmi lesquelles la banalisation de la mort et la négligence criminelle. Conscients du caractère sacré et inviolable de la vie, les évêques s'indignent de nombreux accidents ferroviaires, aériens, fluviaux et routiers qui ont endeuillé la nation congolaise. « Signes des temps, ces accidents devraient nous conduire à un examen de conscience. Ils révèlent la négligence criminelle et l'irresponsabilité qui ont élu domicile dans la conscience de certains de nos compatriotes. » La légèreté des dirigeants en ces circonstances est pointée du doigt : « La mort d'hommes n'est pas à considérer comme un fait divers. Il est étonnant que la disparition de tant de personnes n'ait suscité que si peu d'indignation. On se serait attendu à ce que soit décrété un deuil national. » Et les évêques d'en tirer les conséquences : « Cette indifférence témoigne d'une crise du sens du sacré et de l'inviolabilité de la vie humaine. Elle se manifeste aussi dans l'indexation du problème de la sécurité qu'on tend à reléguer au rang des activités facultatives de l'État, alors que la population est livrée à la merci de bandits de grand chemin, comme on a pu le constater sur la nationale numéro un, à Kinshasa et ailleurs. »

L'Église au service de la nation congolaise

Les évêques du Congo entendent aussi que les chrétiens et leurs Églises jouent un rôle moteur dans le redressement du pays. L'épiscopat congolais se présente comme le serviteur de la nation et lui indique quelles sont, selon lui, les priorités qui doivent absolument s'imposer au cours de cette période de transition. En premier lieu, il y a l'éducation civique du peuple pour la préparation des élections. En particulier « à travers une éducation civique responsable et engageante dans nos diocèses, selon un programme pastoral conçu à cet effet ». En second lieu, les évêques soulignent que le respect des droits est un signal fort de la volonté démocratique. « La démocratie en République démocratique du Congo passe par le respect des droits et la réconciliation. Dans cette perspective, en ce cinquantième anniversaire de l'ouverture de la première année préparatoire à l'Université Lovanium, nous réaffirmons notre volonté de la rétrocession à l'Église catholique de cette institution ainsi que d'autres instituts supérieurs étatisés en 1971. Nous estimons que cette rétrocession n'est pas une faveur spéciale, mais une question de droit. Longtemps négociée avec les gouvernements précédents, cette rétrocession doit être finalisée pendant la transition afin de nous permettre d'être davantage au service de la jeunesse congolaise, selon une convention qui engage I'État à assumer sa part de responsabilités. » De même, l'Église réclame que lui soient restituées d'autres propriétés confisquées dans les mêmes conditions, notamment la chaîne catholique de télévision.

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