Revue catholique de formation permanente
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…
Nicolas Fayet
Julien Green, « J’ai aimé »
Fr. Philippe Verdin, o.p.
Biographie, Paris, Éd. Bartillat, 2003. – (14x22,5), 432 p., 24,00 €.
Esprit et Vie n°112 - septembre 2004 - 2e quinzaine, p. 34-35.
Il est difficile de composer une biographie de Julien Green. La durée de vie de l’écrivain américain de langue française représente le premier obstacle : né le 6 septembre 1900, décédé le 13 août 1998, il a parcouru le siècle de long en large, vécu la Grande Guerre comme soldat engagé volontaire sur le front italien et la Seconde Guerre sur les ondes de la France libre grâce à son antenne américaine, avec André Breton et le P. Marie-Alain Couturier, traversé dix fois l’Atlantique, sillonné l’Europe. Il y a le volume de son œuvre littéraire ensuite : près de cent ouvrages, pièces de théâtre, traduction, essais, biographie (son fameux François d’Assise), romans et surtout le volumineux et passionnant journal en dix-huit volumes qui effeuille le quotidien pendant quatre-vingts années, ce qui constitue un exploit de durée et de persévérance inégalé dans l’histoire de la littérature mondiale. Le fourmillement d’informations contenu dans le journal et les récits autobiographiques risque d’être une difficulté plus qu’une chance pour le biographe : comment choisir les notes subjectives et les descriptions circonstancielles des éléments qui marquent les grandes orientations d’une existence ? Que retenir ? Comment ne pas se perdre dans l’entrelacs de la mémoire du siècle ? Il y a surtout la diversité des thèmes fondamentaux, dont le biographe ne peut dédaigner un seul : le rôle de la psychanalyse, la conversion, le péché et la grâce, la musique, la Bible, le voyage, la mémoire toujours, la nostalgie sudiste et les grandes amitiés : Gide et Mauriac, Jean Cocteau et Stephan Sweig, Jouhandeau et Robert de Saint-Jean, et les prêtres de valeur qui accompagneront ce paroissien compliqué en se passant le relais : le P. Couturier, le P. Louis Cognet, le P. Carré, Mgr Daniel Pézeril.
Nicolas Fayet se tire bien de cet exercice difficile, sans trahir aucun des aspects essentiels de l’œuvre et de la vie de Green. Il rappelle que ce chrétien a écrit des pièces de théâtre et des romans où Dieu est cruellement absent, et il montre que ce vide explique les choix des protagonistes. Il insiste beaucoup sur les amitiés spirituelles de Green, notamment le rôle principal joué pendant quarante ans par Jacques Maritain. Il fallait une certaine sensibilité et une grande complicité avec son sujet pour découvrir que l’attente du Sauveur est la boussole de l’existence de Green : « le réel, chez Green, est d’ordre spirituel », écrit Fayet.
Le biographe a écrit l’un des livres les plus fins et les plus complets qui aient été publiés sur Green. On relira avec émotion les pages que José Cabanis – dont Green disait qu’il était le seul ami qui lui restait à l’Académie française avec le P. Carré – a rédigé dans les volumes I et VI des œuvres de la Pléiade et l’hommage qu’il rendit dans La Croix au milieu de l’été 1998 et que Nicolas Fayet a choisi pour conclure sa biographie pleine de tendresse et d’intelligence.