Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Michel Quenot

Dialogue avec un peintre d'icônes, l'iconographe russe Pavel Boussalaev

P. Robert Pousseur

Paris, Éd. du Cerf, 2002. – (15,5x20), 198 p., 29 €.

Esprit & Vie n°62 / juillet 2002 - 2e quinzaine, p. 28-29.

Le dernier livre de Michel QUENOT, linguiste, connaisseur de l’art et théologien, relate ses entretiens avec l’iconographe russe Pavel BOUSSALAEV. Une anecdote racontée dans cet ouvrage dévoile ce que l’auteur veut faire partager par ces dialogues autour de l’icône. En visite chez un évêque, ce dernier montre ses dernières créations. Une des icônes représente la nativité. L’espace ténébreux, où repose selon la tradition l’Enfant – Lumière jaillie dans les ténèbres de ce monde –, avait disparu. L’auteur demande à l’évêque iconographe pourquoi il a rompu la tradition. En réponse à cette interrogation, l’évêque hausse les épaules. Et pourtant, « cette image ne répondait plus au critère d’image liturgique, ce qui définit l’icône » (p. 36).

Ce livre d’entretiens exprime d’une façon très forte et juste ce que représente une icône pour les croyants orthodoxes russes. Elle n’est pas une simple image religieuse. Une icône manifeste ici et maintenant la présence du Christ ressuscité et la plénitude de l’Esprit Saint ; elle annonce le Royaume ; elle est une fenêtre ouverte sur la réalité du Royaume ; elle transforme ceux et celles qui la vénèrent. Pour être présence, une icône doit répondre à des critères très précis qui viennent de la tradition. « Elle ne peut être moderne » (p. 37). Ces entretiens ont aussi le grand mérite de faire pénétrer le lecteur dans l’âme orthodoxe russe : « Le monde de Byzance a insisté sur la transfiguration des personnes, la Russie a mis l’accent sur la transfiguration du cosmos dans son ensemble, c’est-à-dire de l’espace où les personnes entrent en communion et où la nature, les animaux et les saints, vivent en harmonie » (p. 86). En ce sens, l’iconographe russe donne à voir un cosmos harmonieux. Il essaye de reconstituer le miroir brisé.

L’artiste dévoile ses secrets d’iconographe qui se définit comme artisan, serviteur et disciple de Jésus-Christ. Ces chapitres devraient passionner tous ceux et celles qui s’adonnent aujourd’hui à la peinture d’icônes.

Ce livre est aussi une critique du monde des images. Devant le flot d’images qu’imposent les mondes de la télévision, de la publicité, l’icône enseigne ce qu’est une véritable image : elle n’abîme pas le cœur de l’homme car elle apprend à ne pas rester à la surface des choses vues mais à être attentif à l’invisible et à être à l’écoute. Le lecteur comprend mieux la méfiance de l’Église orthodoxe pour tout ce qui vient de l’Occident, car cet apport risque de faire de l’icône une simple illustration d’événements religieux.

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