Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Hippolyte Simon

La liberté ou les idoles ? Entretien avec Frédéric Mounier

P. David Roure

Paris, Éd. Cana - Desclée de Brouwer, 2002. - (14x21,5), 272 p., 21,00 €.

Esprit & Vie n°85 / juillet 2003 - 1e quinzaine, p. 24-25.

Mgr Hippolyte Simon, évêque de Clermont, a publié, il y a plus de trois ans, un livre qui avait connu un succès certain et alimenté quelques polémiques : Vers une France païenne ? (Éd. Cana). Il émettait une hypothèse plutôt provocante, celle d'un retour de la majorité des Français, pourtant baptisés catholiques, au paganisme qu'il qualifia alors (autre sujet de polémique…) de « religion spontanée de l'humanité » et même de « religion de la majorité de l'humanité ». Pour lui, cette hypothèse revêtait une plausibilité certaine comme en témoigne le passage du point d'interrogation du titre à l'affirmation de l'intitulé de la deuxième partie : Le retour du paganisme, dont le deuxième chapitre s'appelait même : Appeler le paganisme par son nom… Après un livre, en 2001, plus ciblé sur la situation des prêtres aujourd'hui (Libres d'être prêtres, Éd. de l'Atelier), au ton toujours aussi vif, l'ancien supérieur du Séminaire de Caen (durant douze ans) revient à la question qui le préoccupait auparavant, et publie un nouveau livre avec un titre interrogatif. Le genre littéraire est celui de l'entretien et il nous permet de mieux cerner celui qui parle. D'ailleurs, les deux protagonistes consacrent plusieurs pages liminaires à une présentation personnelle. L'évêque y apparaît comme un homme qui s'est toujours senti en train de vivre, sinon subir, la fin soudaine d'un monde et même de plusieurs mondes : un monde rural qualifié de médiéval, un monde marqué par la colonisation, un monde ecclésial qui vivra durement les soubresauts de mai 1968. Marqué par toutes ces ruptures, le futur évêque ne perdra pas la foi, mais, jeune prêtre, va étudier la philosophie à l'université de Paris I - Censier. Il va s'initier au marxisme comme pour mieux le critiquer ensuite. C'était en 1970 et les anecdotes qu'il nous donne sur ces années universitaires si proches de 1968 sont plutôt croustillantes, même si l'essentiel n'est pas là…

En tout cas, ces études lui donnent l'occasion de faire paraître quelques années plus tard Chrétiens dans l'État moderne (Éd. du Cerf). Après une analyse critique de HEGEL et MARX, cet ouvrage se concluait par un chapitre intitulé « Dérives », qu'il terminait courageusement par les phrases suivantes : « [Dans l'Église], la tentation reste permanente de revenir à l'unité institutionnelle (théocratie) ou de sacraliser l'unité d'une réalité culturelle présente ou à venir (messianisme temporel). Entre ces deux erreurs symétriques, l'Église doit frayer sa voie. » Cette démarche courageuse de stigmatiser tout messianisme temporel n'était pas forcément bien vue, y compris au sein de l'Église. Hyppolite SIMON égratigne au passage un Marc ORAISON qui, au cours d'une conférence, avait « soumis la foi à la critique des sciences humaines » mais semblait peu pressé de soumettre à l'épreuve de la foi le composé de marxisme, freudisme et nietzschéisme dans lequel on baignait à l'époque (p. 32) ! Les réflexions que nous trouvons ici sur les idéologies en vogue dans les années 70 sont moins fouillées que celles publiées par Mgr Gabriel MATAGRIN qui était alors l'évêque le mieux placé (et aussi le plus exposé…) dans les débats et les critiques autour de ces idéologies (voir son magnifique ouvrage, Le chêne et la futaie [Paris, Bayard Éd., 2000], si soigneusement présenté par Gérard CHOLVY dans Esprit et Vie, n° 33, mai 2001, p. 3-11). Elles n'en demeurent pas moins précieuses pour nous faire comprendre à quel point la question de l'Église dans la société moderne poursuit Hyppolite SIMON depuis longtemps et à quel point il est aujourd'hui qualifié pour s'en saisir et la développer avec ampleur et perspicacité. C'est que pour lui, dans un monde qui en a désormais bien fini de succomber à la tentation marxiste, l'hypothèse d'un retour au paganisme se trouve bien avérée. Et, en même temps, il s'affirme persuadé que « le fait chrétien possède une affinité occulte avec le plus moderne du moderne » (p. 45). Ce sont ces deux fils qu'il va s'efforcer de tisser ensemble, au risque de mécontenter les uns et les autres. Ceux qui rêvent d'un renouveau identitaire dans leur Église vont être agacés par son intérêt pour le monde fluctuant où nous sommes plongés. Ceux qui se souviennent avec nostalgie de l'étudiant ès marxisme (mais l'avaient-ils bien lu ?) trouveront l'évêque devenu par trop rigide ou spiritualisant. Ces deux lectures seront fausses car, chacune accorde peu de crédit à la subtilité de l'analyse. L'évêque de Clermont prône un catholicisme à la fois respectueux des autres et prêt à « proposer » la foi sans fausse honte ni peur d'être marginalisé (pour lui, c'est toujours la religion de la majorité des Français !). Il invite chacun personnellement à toujours plus d'exigence dans sa vie spirituelle et ecclésiale. Pour cela, il use d'une jolie image. Son interlocuteur, Frédéric MOUNIER, d'une dizaine d'années son cadet, disait au début du livre la difficulté, pour lui et ceux de sa génération (il est né en 1955), d'avoir une image positive de l'institution Église. Aujourd'hui, journaliste ayant bourlingué avec succès à des postes divers dans plusieurs publications du groupe Bayard Presse, il présente sa conviction forgée sur les chemins de la vie : « Le christianisme ne relève donc pas de l'obéissance à une institution fermée, pilotée d'en haut, avec des énoncés automatiques. Mais ce n'est pas non plus un chemin ésotérique, privé secret. » Et l'évêque de répondre alors : « C'est une expérience passionnante, à condition de la travailler. C'est un équilibre dynamique. Si vous me permettez cette comparaison, c'est un peu comme le vélo : en dessous d'une certaine vitesse, vous tombez » (p. 252).

Passion et exigence, voilà ce à quoi le lecteur chrétien est invité au bout du parcours, et c'est stimulant. On regrettera peut-être un peu que Mgr SIMON ne nous ait pas plus parlé de sa manière de vivre ces deux mots dans sa propre vie spirituelle.

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