Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

xx
xx
xx

Rechercher dans les pages d'Esprit & Vie

Pierre Debergé

Jésus, le Christ. Un débat politique ?

P. Robert Pousseur

Paris, Bayard, 2009. - (14,5x20,5), 220 p., 17,50 €.

Esprit & Vie n°212 - juin 2009, p. 16-17.

Mais qui est Jésus le Christ ? Que révèle-t-il de l'amour de Dieu pour les hommes ? Plusieurs ouvrages apportent des réponses de manières diverses, répondant ainsi à différentes interrogations de nos contemporains.

Pierre Debergé, exégète et recteur de l'Institut catholique de Toulouse, présente la nouveauté de l'Évangile de Jésus-Christ en mettant en perspective la vie et les paroles de Jésus dans leur contexte culturel, religieux et politique du ier siècle de notre ère. Après un prologue de nature historique, plusieurs chapitres sont consacrés aux rencontres de Jésus avec les malades, les enfants, les femmes… Ces rencontres illustrent la nouveauté de l'Évangile qui proclame la dignité de chaque être humain, sa liberté, la fraternité entre les hommes, l'amour de Dieu qui est plus fort que tout, notamment de la violence des hommes et de la mort. Jésus a eu un impact étonnant sur son peuple car il était un homme totalement libre et avait un lien intime qui l'unit à Dieu qu'il appelait « Abba  » (Père). Pour bien saisir l'attitude de Jésus vis-à-vis des malades, l'auteur rappelle la conception biblique de la personne humaine qui n'existe que par son corps et qui est en relation étroite avec tout ce qui l'entoure. La maladie rend visible un mal intérieur qui entraîne une rupture avec soi-même, avec les autres, le cosmos et avec Dieu. Jésus respecte la liberté et accueille souvent avec admiration la confiance et la foi des malades qui le sollicitent. Jésus leur fait don de la guérison en les arrachant à l'exclusion. Jésus les sauve en les invitant à restaurer les liens brisés avec eux-mêmes, leur entourage et avec Dieu qui se révèle Père.

Avec les enfants, Jésus révèle la gratuité du salut qui ne peut être accueilli que dans l'abandon et la confiance. « Accueillir ce "renversement" ["Les premiers seront les derniers…"], c'est s'ouvrir à la nouveauté de l'Évangile proclamé par Jésus, en reconnaissant dans les membres les plus insignifiants de la communauté et de la société ceux qui sont les plus grands dans le Royaume des cieux » (p. 69).

Au temps de Jésus, les femmes étaient considérées comme mineures sur le plan religieux et inférieures en droit. En Israël, aucun maître n'aurait accepté d'être entouré et suivi par d'anciennes malades ou des femmes au passé douteux. Le jour de la Résurrection, ce sont des femmes qui assistent les premières à l'avènement du monde nouveau. Ce sont elles les premiers témoins de cet événement unique dans l'histoire de l'humanité. Jésus les a libérées des exigences culturelles et des contraintes de leur temps. Elles renaissent pleinement à elles-mêmes, provoquant les hommes à devenir, eux aussi, pleinement eux-mêmes : « En Jésus-Christ, non seulement la différence entre l'homme et la femme n'est donc pas effacée, mais elle est pleinement restaurée pour qu'ils redeviennent ensemble le signe privilégié de la manière dont Dieu aime » (p. 93).

Par rapport à la loi, Jésus radicalise la loi en mettant l'amour de Dieu et du prochain au centre de la vie du croyant. Jésus ne dit pas comment aimer. Mais il invite le disciple à inventer les gestes et paroles qui expriment son amour de Dieu et des autres dans la vie de tous les jours.

Pour Jésus, il n'y a pas d'opposition de principe entre le pouvoir civil et Dieu. Bien au contraire, Jésus ouvre un espace positif au pouvoir politique à condition que César ne se prenne pas pour un dieu et qu'on ne fasse pas de Dieu un César. Cet espace positif s'est nourri de ce qui est au cœur de l'œuvre de Jésus-Christ et s'est traduit par les grands principes modernes de liberté, d'égalité et de fraternité.

En invitant ses disciples à prier leur Père qui est son Père, Jésus exprime ce qu'il sait à travers un langage d'homme. En priant leur Père, les disciples de Jésus donnent à tous les hommes le nom de frères.

Pour rendre les hommes pleinement libres et leur révéler l'amour du Père qui s'exprime dans le pardon, les Évangélistes mettent bien en relief la passion scandaleuse de Jésus. Pour cela, ils ont dû rompre avec l'idée d'un Dieu triomphaliste et vengeur et accueillir Dieu qui se révèle en Jésus. « C'est le sommet de la révélation biblique. Car ce n'est pas d'absence de Dieu sur la croix qu'il faut parler, mais d'un acte par lequel Dieu le Père, en son Fils Jésus et dans l'Esprit, s'est livré par amour pour les hommes, comme un Dieu désarmé, démuni et vulnérable » (p. 181).

Après sa Résurrection, Jésus continuera à rencontrer ses disciples. Ils recevront comme don de Dieu de reconnaître dans ces rencontres Jésus le Ressuscité qui les enverra en mission. Ils seront bouleversés et remis en question en découvrant l'universalité du dessein de Dieu.

Jésus s'est totalement consacré à ce que l'amour de son Père veut pour lui et pour l'humanité. Il n'a pas suivi un programme préétabli par son Père mais, à travers les événements et les rencontres, il a fait don de la liberté à tout homme et femme et les a rendus capable de discerner ce qui est le mieux pour eux et pour l'humanité.

Analyses

Les derniers numéros d'Esprit & Vie

Le plan du site

toutes les pages d'Esprit & Vie