Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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René Epp

Figures du catholicisme en Alsace (1789-1965)

P. Raymond Winling

Préface de Mgr Joseph Doré. Strasbourg, Éditions Coprur, 2007, 430 p., 26 €.

Esprit & Vie n°174 - Juin 2007 - 2e quinzaine, p. 12-13.

Professeur émérite de la faculté de théologie de Strasbourg, spécialiste bien connu de l'histoire contemporaine, le chanoine René Epp est l'auteur de plusieurs études sur l'histoire du catholicisme en Alsace aux xixe et xxe siècles. Il a étudié de près le cas des prêtres, des religieux et religieuses victimes de la terreur nazie au cours de la sombre période de l'annexion de l'Alsace au IIIe Reich, de 1940 à 1945. Il nous donne maintenant un ouvrage de conception originale et d'un indéniable intérêt, fruit de recherches souvent pointues sur un sujet qui lui tient à cœur.

L'originalité relève du fait que l'auteur a opté pour une présentation sous forme de notices de cent figures du catholicisme en Alsace pour la période qui va de 1789 à 1965. C'est donc une série de portraits qu'il nous invite à regarder de plus près, en nous faisant défiler une sorte de galerie d'exposition et en nous donnant les explications du guide avisé qu'il est. Il convient d'éviter une méprise résultant d'un jugement hâtif. Ce livre n'est pas un répertoire bio-bibliographique à la manière des dictionnaires biographiques qui peuvent exister. En réalité, dans les notices, l'auteur manifeste le souci de souligner tel aspect précis de l'activité d'un personnage, du rôle qu'il a joué, de l'influence qu'il a exercée, compte tenu du contexte historique dans lequel il a vécu. Les personnalités retenues ont contribué, chacune à sa manière, à façonner l'histoire du catholicisme en Alsace. En les évoquant, l'auteur fait resurgir des pans d'histoire. En bon historien, René Epp sait qu'à côté des synthèses qui offrent un aperçu plus ou moins détaillé sur le déroulement des événements, il existe des études centrées sur un personnage de premier plan qui a influencé le cours de l'histoire. Mais les synthèses nous laissent souvent sur notre faim en ce qui concerne les multiples acteurs de ces événements, tout comme les études consacrées à un personnage qui sort de l'ordinaire peuvent faire naître l'illusion que l'histoire est faite par un seul. L'histoire contemporaine s'intéresse à d'autres aspects, comme l'évolution des mentalités religieuses, l'amélioration des conditions sociales des gens ou le relèvement du niveau culturel. En optant pour la présentation d'une centaine de figures qu'il inscrit dans l'histoire générale du catholicisme en Alsace, René Epp réussit à rendre attentif à la diversité des contributions apportées, à des niveaux différents, à la réalisation d'une œuvre commune. Il fait comprendre que l'histoire d'un diocèse ne se réduit pas à celle des évêques, mais qu'elle résulte de la synergie des forces et de la convergence des actions menées dans les différents domaines de la vie religieuse.

Il est assez facile de regrouper les personnages par grandes catégories. Bien sûr, l'auteur ne pouvait pas s'empêcher de retracer la carrière des évêques qui se sont succédé sur le siège de Strasbourg. Grande est la différence entre ceux-ci quant à leur origine, leur formation, leurs tendances, l'exercice de leur ministère. Malgré les vicissitudes politiques, ils ont dans l'ensemble assuré la continuité institutionnelle et celle de l'action pastorale. Mais dans ce domaine, les collaborateurs directs des évêques se sont montrés souvent très efficaces.

Les notices consacrées à l'activité de certains membres du clergé constituent un juste hommage aux prêtres qui se sont distingués par leur zèle à promouvoir une vie authentiquement chrétienne : c'est le cas, par exemple, de ceux qui ont travaillé à la restauration du catholicisme en Alsace après la tourmente révolutionnaire. P. B. Juif, « l'apôtre de Sundgau », B. F. L. Liebermann, « l'apôtre de la Basse-Alsace », Th. Lienhart, réorganisateur de l'enseignement de la théologie. Les circonstances ont fait que certains prêtres se sont résolument engagés dans l'action politique : pendant la période qui va de 1871 à 1918, des prêtres ont été élus comme députés « protestataires » au Reichstag (notamment J. Guerber, I. Simonis, L. Winterer, J. Philippi) ; après 1918, et dans d'autres conditions, des hommes comme E. Müller, X. Haegy, J. Hincky mènent un combat politique pour la défense des droits catholiques en Alsace. Une mention spéciale revient aux prêtres qui luttent pour un ordre social plus juste : Cetty, Oberlechner, J. Müller. L'Église catholique en Alsace peut s'honorer à un titre spécial des activités caritatives déployées, tout au long des deux siècles étudiés, par des apôtres comme F. Mühe, « le saint Vincent de Paul de l'Alsace », A. Saglio, le promoteur infatigable des conférences de Saint-Vincent-de-Paul, Müller-Simonis, l'efficace organisateur du regroupement des différentes activités caritatives. Le clergé alsacien compte aussi dans ses rangs des prêtres morts comme victimes des régimes persécuteurs. Plus d'une vingtaine trouvèrent la mort au cours de la période révolutionnaire ; sous prétexte d'hostilité au IIIe Reich, certains furent expulsés (Mgr Kolb et Mgr Kretz), d'autres internés dans des camps de concentration (G. Bornert, F.-X. Scherer, A. Haumesser), d'autres enfin exécutés pour haute trahison (J. Stamm).

Pour la période étudiée, l'histoire de l'Église en Alsace voit s'affirmer le rôle grandissant des laïcs, notamment dans les domaines de la politique et de l'action sociale : citons parmi les figures étudiées celles d'E. Keller, P. de Leusse, A. Oberkirch, H. Meck, P. Pflimlin.

L'Alsace peut aussi être fière du rôle joué par les congrégations religieuses en général, et du rôle joué par des congrégations fondées en Alsace même, en particulier. La fondatrice de la congrégation des Sœurs du T. S. Sauveur, Élisabeth Eppinger, est originaire de Niederbronn ; celle de la congrégation des Sœurs de la Croix, Adèle de Glaubitz, est aussi alsacienne, tout comme l'est Th. Ratisbonne, qui a fondé la congrégation des Sœurs de Notre-Dame-de-Sion.

La vitalité du catholicisme en Alsace se manifeste aussi par la contribution apportée à l'expansion des œuvres missionnaires. L'auteur rappelle opportunément que vers 1900, la « moitié des missionnaires dans le monde étaient des Français et le tiers des missionnaires français était d'origine alsacienne ». Il faudrait ajouter que la générosité des catholiques alsaciens pour les missions ne se démentit jamais. En tout état de cause, l'Alsace fournit toute une série de vicaires apostoliques et d'évêques missionnaires. Des notices instructives sont consacrées à A. Kobès, A. Horner, J. Hirth, F.-X. Vogt, P.-J. Biechy, moins connus que Mgr Strebler.

La grande diversité des figures, les domaines variés dans lesquels se déploient les activités, les initiatives prises en temps opportun prouvent la vitalité du catholicisme en Alsace et aussi la faculté d'adaptation à des situations nouvelles et imprévues. L'on devine aisément que tout cela a été possible parce que l'ensemble des catholiques était animé d'un profond esprit de foi et d'un authentique sens de l'Église.

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