Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Henri Bremond

Histoire littéraire du sentiment religieux en France depuis la fin des guerres de religion jusqu'à nos jours

P. Charles Chauvin

Cinq volumes (I, 1388 p. ; II, 1088 p. ; III, 825 p. ; IV, 835 p. V, 537 p.), Grenoble, Éd. Jérôme Millon, 2006. - 250,00 €.

Esprit & Vie n°164 - Janvier 2007 - 2e quinzaine, p. 10-14.

Disons d'emblée qu'il s'agit bien d'une nouvelle édition : c'est une œuvre monumentale. Quelle prouesse de faire tenir les douze volumes de la toute première édition parue entre 1916 et 1933 (sans l'index) en cinq tomes où sont réparties quelque cinq mille pages - assez inégalement car il fallait ne pas interrompre le texte de la version initiale de chacun des volumes. À vrai dire, c'est une seconde tentative puisque les Éditions Aubier avaient confié à René Taveneaux la tâche de préparer une réédition et d'en assurer la présentation - par ailleurs fort explicite -, à l'occasion du centenaire de la naissance de Bremond (né en 1865). Il semble que l'audience de cette première tentative ait été confidentielle alors que la dernière connaît un accueil enthousiaste (selon des sources bien informées, il a suffi de quelques mois pour dépasser les mille exemplaires).

Une nouvelle édition de l' Histoire littéraire

Comme tient à le préciser l'éditeur : « Le texte a été entièrement recomposé et remaquetté avec mention de l'ancienne pagination. Elle est complétée d'inédits et de l'Introduction à la philosophie de la prière (1929), conçue par Bremond lui-même comme un supplément. » On ne sera pas surpris que Jérôme Millon ait confié à Émile Goichot la direction de cette nouvelle édition puisqu'il a consacré sa thèse à Henri Bremond, historien du sentiment religieux. Sa mort, survenue en 2003, l'a empêché d'assurer la réalisation de ce projet. On lira, en avant-propos, son article intitulé « Henri Bremond, historien de la faim de Dieu ».

L'éditeur a été très bien inspiré de confier à huit spécialistes une « série d'essais thématiques », ce qui permet d'offrir aux lecteurs « une mise au point historiographique et critique ». Citons-les dès maintenant : Patrick Goujon, François Marxer, Dominique Salins (tous trois sont des jésuites du Centre Sèvres), Jacques Le Brun, Pierre-Antoine Fabre, Alain Cantillon, Sophie Houdard et François Trémolières (cinq universitaires enseignant à Paris).

Nous nous proposons de commencer par rappeler certains aspects de l'œuvre monumentale de Bremond et nous soulignerons quelques-uns des apports très enrichissants des huit intervenants contemporains, sans prétendre à l'exhaustivité.

Rappelons qu'Henri Bremond, après avoir été jésuite durant plus de vingt ans, s'est consacré à cette tâche gigantesque à partir de 1907, hésitant au début entre l'histoire littéraire de l'Église d'Angleterre du xixe siècle et celle de la France. Barrès, dont il est devenu l'ami et le confident depuis qu'il l'a rencontré à Athènes sur l'Acropole, lui a fortement conseillé de se vouer à la recherche des grands mystiques « en France depuis la fin des guerres de religion ». Bien qu'il ait publié une quarantaine d'autres titres (dont plusieurs biographies devenues célèbres et des études sur Newman, Bossuet et Fénelon), cet énorme travail demeure jusqu'à aujourd'hui son « grand œuvre ».

Grâce à quelques discrètes confidences, on connaît les démarches qu'il a dû entreprendre et les diverses péripéties de sa vie. Domicilié à partir de l'été 1913 à Arthez-d'Asson, dans le diocèse de Bayonne, il fréquente assidûment de nombreuses bibliothèques européennes (de la Nationale à la Grégorienne) et accumule des centaines de fiches. Il ne met pas moins de neuf années avant d'amorcer la publication (à partir de 1916) de ses tout premiers volumes. Il connaît alors un grand succès d'estime avec la présentation enflammée et enthousiaste de ce qu'il appellera « l'École française », expression qu'il préfère à « École bérullienne ». Élu à l'Académie française en 1923, Bremond doit interrompre ses publications qu'il ne reprendra qu'en 1927, jusqu'à sa mort survenue en 1933, à l'âge de soixante-dix ans.

Aussi curieux qu'il y paraisse aujourd'hui, cette activité d'historien n'est pas sans danger pour l'auteur. Outre l'immense travail de documentation, Bremond demeure l'ami fidèle de Loisy à qui il consacrera des pages ferventes. Sa passion d'historien de la spiritualité agace autant la Sorbonne que le Saint-Office. C'est un polémiste et il ne se prive pas d'irriter ses lecteurs, à commencer par les Sulpiciens, en laissant entendre que M. Olier n'avait rien d'un fondateur sans faiblesse, et il ne craint pas d'en présenter les « singularités ». Il s'en prend aussi au caractère militaire des Exercices spirituels, ménageant pourtant Ignace de Loyola, mais dénonçant les commentateurs de la troisième génération. Si son Sainte Chantal est mis à l'index, sans parler de la suspense a divinis pour l'accompagnement, par ailleurs exemplaire, à sa dernière demeure de son ami l'ex-jésuite Tyrrell, Bremond est pratiquement, du début à la fin de sa vie, suspecté. Une véritable épée de Damoclès plane sur lui et pourtant, bien qu'il en ait souffert, il reste fidèle jusqu'au bout à l'institution ecclésiastique, en tant que « prêtre libre », déchargé de tout ministère pastoral et voué « à l'écriture ». Bremond aura été un passionné et même en se réfugiant « dans l'histoire », il ne peut écrire qu'en vibrant - et souvent en polémiquant -, comme le prouve encore son peu de sympathie pour Port-Royal, Bossuet et, dans une certaine mesure, pour quelques aspects de Pascal, au grand dam de Blondel.

Grâce à une « surprenante liberté d'expression » et en raison de la fécondité de ses interrogations, Bremond renouvelle l'approche des grands spirituels du xviie siècle. Et s'il connaît bien l'œuvre de Sainte-Beuve, il refuse de le suivre dans le rôle central qu'il attribue à Port-Royal et il prend ses distances par rapport au jansénisme. Un large public accueille les quatre premiers tomes en n'étant pas toujours averti des querelles et des polémiques. Aujourd'hui encore, tout lecteur attentif découvre l'originalité de son approche de François de Sales et Jeanne de Chantal, de Fénelon, de Condren et d'Olier, de Bérulle - le mystique le plus étonnant à ses yeux -, d'Ignace de Loyola, de Surin, de Lallemant, sans omettre Jeanne des Anges, Marie de l'Incarnation et tous ceux qu'il qualifie de turba magna

Après le long intermède de six années consacré à l'Académie française (notamment à la préparation de son discours de réception et de sa fulgurante intervention, portant sur la poésie pure), il se remet enfin à l'ouvrage et il intitule les tomes VII et VIII : La métaphysique des saints. Après s'être interrogé sur la nature de la mystique, il entreprend une longue quête sur l'essence de la prière, en reprenant à frais nouveaux « les maîtres des maîtres », à savoir François de Sales et Bérulle dont la pratique révèle la préoccupation de laisser vouloir et faire à Dieu, au point que chez eux la prière les amène à faire demeurer leur âme en la présence divine. Bremond vérifie cette recherche chez deux religieux dominicains, Chardon et Piny, en qui se réalise la grande synthèse, alors que Bourdaloue professe une doctrine non totalement cohérente. Les tomes X et XI portent sur la vie chrétienne sous l'Ancien Régime et les diverses prières telles que les hymnes et les litanies. Quant au tout dernier tome, qui paraîtra à titre posthume, il fait défiler des personnages plus obscurs et il s'interroge sur la diffusion du quiétisme. Et il a ce beau mot qui aurait dû le laver de tout soupçon de quiétisme : « La quiétude peut être définie comme "saisie immédiate de Dieu." »

Au terme de ce rapide survol, force est de reconnaître que la seconde partie de l'Histoire littéraire, moins connue, a reçu un accueil moins enthousiaste que la première. À ceux qui ne connaissent pas encore ce grand ouvrage, on pourrait suggérer de se consacrer principalement à la lecture des quatre premiers volumes, en prolongeant par les deux tomes sur La métaphysique des saints. En outre, il convient de rappeler que Bremond reste très modeste dans tous ces cheminements, en reconnaissant, avec une sincérité non toujours feinte, qu'il ne prétend pas être un mystique, ni non plus un théologien, mais un historien de la spiritualité et notamment de l'École française. Mais « ce prêtre écrivain, cet abbé mondain et cet historien sans école » est un habile auteur qui « fait frissonner son lecteur », même cent ans plus tard !

Une interprétation renouvelée de l'œuvre de Bremond

Comme de nombreuses recensions sont déjà parues sur cette nouvelle édition de l'Histoire littéraire, il m'est paru peu utile d'exposer chacun des excursus des huit spécialistes qui s'appliquent, avec une érudition exceptionnelle, à présenter l'œuvre de Bremond, pour en élucider l'origine, la chronologie, l'évolution, le titre, le plan, l'intention profonde, les concepts (le théocentrisme, l'anthropocentrisme, le panhédonisme, l'ascéticisme, etc.), et pour en souligner le caractère parfois polémique, toujours passionné et souvent jubilatoire.

Je me concentrerai sur les débats qu'ont suscités les prises de position de Bremond qui a, tour à tour, provoqué de vives réactions, notamment sur Port-Royal et les jansénistes qu'il déteste, sur Pascal qu'il conteste, sur Fénelon qu'il préfère à Bossuet, et plus particulièrement sur la Compagnie de Jésus du xviie siècle et sur Jean-Jacques Olier. Alors que les oratoriens avaient tout lieu de se réjouir de l'estime exceptionnelle dans laquelle Bremond tenait leur fondateur, Pierre de Bérulle, et que les eudistes préférèrent le silence sur saint Jean-Eudes, les jésuites et les sulpiciens entrèrent, eux, en lice tant les flèches lancées contre leur origine et leurs textes fondateurs firent mal !

• Deux jésuites (Dominique Salin et Patrick Goujon) reprennent à frais nouveaux le débat sur les Exercices qui a duré de 1921 à 1929 et qui court à travers plusieurs volumes de l'œuvre. Retenons que Bremond prend soin de distinguer Ignace de ses disciples et que sa pensée sur les Exercices s'affirme progressivement. Dès 1922, le jésuite Ferdinand Cavallera (1875-1952) sera l'interlocuteur, au départ très bienveillant, et bientôt l'adversaire de Bremond : « La sombre nuée de l'accusation de quiétisme se lève à l'horizon. L'orage s'annonce… » C'est que Bremond éprouve le besoin d'affirmer sans détour qu' » au lieu d'être une école d'oraison, les Exercices sont une méthode d'ascèse, une école de volonté ». On réduit, en ce cas, à faire d'Ignace un professeur d'énergie. La mode est à L'éducation de la volonté, selon le titre devenu fameux d'un professeur laïque, Jules Payot. Selon Bremond, il existe deux courants dans la Compagnie : certains insistent sur le détail de la méthode, d'autres sur l'appel mystique. L'auteur de l'Histoire littéraire qualifie le premier courant, selon lui dominant, d'ascéticiste et le second de mystique : « Les auteurs ascéticistes ont tyrannisé la prière et ils l'ont humiliée. » Ailleurs, Bremond répète à l'envi qu'on avait « militarisé » les Exercices.

La lecture du livre de Bernard Maître, auteur d'un Essai historique sur les Exercices spirituels, avait électrisé Bremond. À partir de là, il clarifiera sa position et avancera quelques précisions. C'est à partir du quatrième général de la Compagnie, le P. Mercurian, que, pour les commentateurs, l'oraison devint un instrument pour acquérir des vertus. Or à l'origine les Exercices reflètent l'expérience mystique d'Ignace, comme le prouve l'élection dont le « motif propre est la désappropriation de soi, le désintéressement dans l'amour », et c'est aux yeux de Bremond, plus que de l'avis de Cavallera, « le critère de l'attitude mystique vraie ».

Bremond n'avait pas craint de dénoncer la « militarisation des Exercices » et avait choqué une partie des membres de la Compagnie. Selon les deux pères jésuites, on ne s'était pas alors rendu compte qu'en « privilégiant le motif qui est en fin de compte celui de l'indifférence, Bremond réhabilitait les Exercices dans lesquels il voyait non plus un manuel d'ascèse, mais un terrain privilégié pour expérimenter l'amour pur ».

Et les deux jésuites de poursuivre : « Ce faisant, Bremond anticipe sur les travaux futurs non seulement du P. de Guibert - auteur d'un article important sur le sujet dans le Dictionnaire de spiritualité - mais de ceux qui menèrent une réflexion déterminante dans ce sens, le P. Fessard et le P. Giuliani dont les ouvrages orienteraient les lecteurs vers une conception renouvelée des Exercices. » Comme l'écrit joliment et avec pertinence un des deux auteurs de l'excursus : « Bremond avait levé un lièvre qui court encore ! » Ils rappellent du même coup l'importance considérable jouée par les travaux de Michel de Certeau qui saura critiquer Bremond et en montrer la modernité, comme il l'écrira dans une formule très équilibrée : « Bremond a tort dans ce qu'il affirme, il a raison dans ce qu'il atteste. » Les deux jésuites actualisent de façon décisive l'étude minutieuse d'Émile Goichot.

Disons, sans vouloir forcer le trait, que cette contribution des P. Salin et Goujon réhabilite radicalement et fondamentalement, sinon définitivement, Bremond dans son débat sur les Exercices, et que ses réactions aussi vives qu'insistantes n'étaient pas que des controverses procédurières, comme on a pu l'écrire. N'est-il pas paradoxal que ce soit un ancien jésuite qui ait permis de s'interroger de nouveau sur l'essence des Exercices spirituels et donc de la spiritualité ignatienne ? Les lecteurs intéressés se reporteront à l'article de Dominique Salin et de Patrick Goujon au volume II, pages 411-446, « Henri Bremond et la spiritualité ignacienne ».

• C'est à un autre jésuite, François Marxer, que revient de faire l'exposé du second débat, lui aussi incisif mais de moins longue durée, relatif à la fondation des sulpiciens et notamment à la personnalité de Jean-Jacques Olier. Les « Messieurs » n'intervinrent pas aussi vivement que les jésuites et ce fut davantage un duel entre Bremond et Georges Letourneau, interrompu par la mort ce dernier en 1925. Les autorités sulpiciennes, pourtant fort mécontentes, n'envisagèrent pas de poursuivre les hostilités.

Voici ce qu'écrit François Marxer, dans le premier volume de son étude consacrée à l'École française : « Bremond qui avait commis la naïve imprudence de remettre à Letourneau les épreuves du volume entier avant son impression, mettait en difficulté, sans le savoir, le microcosme sulpicien dans ses efforts pour retrouver les bonnes grâces romaines. La Compagnie de Saint-Sulpice, en dépit de sa modération légendaire, était toujours suspectée d'entretenir un gallicanisme hors de saison et restait une des cibles préférées de l'ultramontanisme militant. La cause de béatification d'Olier, qui avait été introduite en cour de Rome, constituait un bon test d'une avancée stratégique favorable, en dépit des oppositions qui jugeaient douteuse la doctrine du fondateur. La prudence aurait conseillé d'attendre, mais le règne de Benoît XV annonçait un dégel inespéré. Dans ce contexte, l'ouvrage de Bremond apportait de l'eau au moulin des adversaires : l'analyse psychologique que les autorités sulpiciennes jugèrent caricaturale, à tant insister sur la névrose d'Olier, l'évocation de ses relations ambiguës avec Marie Rousseau, son égérie spirituelle […] et enfin l'absence de toute mention de la fondation des séminaires, assurément fleuron et motif de fierté de la Compagnie. » (p. 882, note 5.)

On sait que Bremond supprima les chapitres incriminés sur les singularités d'Olier, en atténuant le rappel peu apprécié de sa névrose et en campant un portrait plus convenu et, de ce fait, moins historique. François Marxer se limite à rappeler les soutiens dont avait alors bénéficié Bremond. Sans que persistent les polémiques, comme chez les jésuites, ce débat fut très vif. Il a fallu attendre la voix, certes autorisée, mais isolée et tardive, d'un bon connaisseur de l'École française, le sulpicien Michel Dupuis, auteur de L'itinéraire spirituel de Jean-Jacques Olier (Paris, Éd. du Cerf, 1982), pour avoir une biographie plus nuancée. Toujours est-il qu'aujourd'hui, Olier attend encore sa béatification et que la réputation du fondateur des séminaires demeure celle d'un personnage dont la psychologie est réputée fragile.

Ce qui pourtant donne de l'importance à cette note dont tous les termes ont été savamment pesés, c'est que pour la première fois les lecteurs liront cet inédit sur les « singularités de Monsieur Olier ». L'introduction, brève et concise, de François Trémolières - deux pages seulement -, prolonge les analyses de François Marxer, confirmant que « les thèses de Bremond ne vont guère au-delà de celles admises par un Michel Dupuy, le plus autorisé des biographes d'Olier ». C'est nous qui soulignons. Mais le texte initial de Bremond sur la névrose d'Olier et ses extravagances est loin d'être favorable au fondateur de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice. À le lire ou à le relire, le lecteur reste stupéfait.

Ces deux débats sont d'ampleur différente. Si les jésuites ont tiré le meilleur parti de « l'offensive contre les Exercices » de Bremond, les sulpiciens assument le passé de leur fondateur de façon plus modeste mais tout aussi réaliste. On appréciera, presque un siècle plus tard, la vigueur et la pénétration des analyses de Bremond, historien de la spiritualité de l'École française ! Son esprit ne peut être taxé de partisan que par ceux qui oublieraient que son intention était de valoriser la mystique chrétienne dont Pierre de Bérulle est le maître, et non de se complaire dans de vaines polémiques.

En me limitant à l'évocation de ces deux seuls débats - de grande importance dans la réinterprétation de l'œuvre colossale de Bremond -, je ne veux pas oublier les contributions des cinq autres spécialistes dont les titres évoquent d'autres aspects essentiels de l'Histoire littéraire : « Humanisme dévot et "histoire littéraire" » (Sophie Houdard) ; « Détruire et sauver Port-Royal » (Alain Cantillon), « Henri Bremond et la "métaphysique des saints" » (Jacques Le Brun) ; « Le temps de prier » (Pierre-Antoine Favre) et, en finale, l'article qui aurait tout aussi bien pu figurer au début, de François Trémolières, « Situation de Bremond ». Tous se disent redevable à l'avant-propos d'Émile Goichot : « Henri Bremond, un historien de la faim de Dieu », repris d'un texte de 1947.

Nous ferons nôtre l'interrogation de Jean-Louis Schlegel, recenseur de l'Histoire littéraire : « Comment cette séquence historique d'une "invasion mystique" en France s'est-elle déplacée et a-t-elle reflué en peu de décennies, pour faire place au siècle des Lumières qui lève l'étendard de sa raison éclairée et voltairienne face à ces égarements ? » Bremond annonce cependant « l'obscure, tenace et splendide revanche du mysticisme français », comme le montre avec précision François Marxer, dans la première moitié du xxe siècle, en évoquant de nouveaux lecteurs, les uns enthousiastes, les autres critiques, mais tous attentifs, d'une part Madeleine Delbrêl, Emmanuel Mounier et surtout Charles Du Bos, d'autre part Jacques Maritain, Étienne Gilson et Paul Claudel.

L'incontestable succès remporté par la nouvelle édition de l'Histoire littéraire par les Éditions Jérôme Millon laisse présager, à l'aube du xxie siècle, une nouvelle ouverture à la spiritualité de l'École française, intégrant cette fois celle du mouvement protestant - absent de l'œuvre de Bremond - ainsi que celle des mystiques espagnols que feront découvrir les carmels de France.

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