Revue catholique de formation permanente
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…
Pascal Dibie
La tribu sacrée. Ethnologie des prêtres
P. David Roure
Paris, Éd. Métailié, coll. « Suites », 2004. - (12,5x19), 336 p., 13,00 €.
Esprit et Vie n°156 - septembre 2006 - 2e quinzaine, p. 27-28.
La première édition de ce livre, il y a une dizaine d'années, avait connu un certain succès (Paris, Éd. Grasset, 1993). Sa relecture nous laisse aujourd'hui un profond sentiment de déception. Pas seulement parce que, comme le dit dans sa préface le prêtre et anthropologue Maurice Gruau, auteur, lui, d'un remarquable Homme rituel (Paris, Éd. Métailié, 1999), « le regard ethnologique ici proposé [étant] un regard daté […] la couleur de l'encre de certaines pages a déjà un peu pâli » (p. 11). Pas davantage, non plus, à cause des nombreuses inexactitudes dont fourmille pourtant l'ouvrage : ainsi, par exemple, Mgr Veuillot serait sorti en 1990 « d'une longue et pénible maladie » (p. 60), il y aurait au Vatican un certain nombre de « secrétaires d'État » (p. 93), en plus d'Orléans, Jean-Marie Lustiger aurait eu une expérience pastorale « à Aix et à Toulon » (p. 188), le cardinal Avery Dulles serait « Anglais » (p. 265). Enfin, on se demande ce que pourrait bien être un « élibor ecclésiastique » (p. 104).
Non, le motif est plus sérieux : il semble que Pascal Dibie, auteur par ailleurs d'une Ethnologie de la chambre à coucher (1987) et de La passion du regard (1998), n'ait pas réussi à comprendre vraiment la réalité du groupe social qu'il étudiait, à la différence du livre de Maurice Gruau que nous venons de citer et qui partait, cela n'étonne guère, d'un regard de l'intérieur, comme en témoignait son sous-titre : Anthropologie du rituel catholique français. Essai d'une ethnologie de l'intérieur. Certes, on comprend bien qu'il n'est pas nécessaire d'appartenir au groupe que l'on veut analyser pour réussir son travail scientifique (au contraire ! cela présente a priori des pièges évidents que le P. Gruau a pourtant su éviter avec brio !). En revanche, il nous semble que l'anthropologue ou l'ethnologue doit rentrer dans une certaine empathie avec les hommes (ou les femmes), objets de son étude, pour pouvoir parvenir à définir, avec délicatesse et précision, l'essentiel de ce qui les constitue, les rassemble en un groupe humain et les fait vivre.
Or, rien de tel ici : on en reste à la superficialité des choses et des personnes, ce qui aboutit à faire de ce livre, qui aurait pu être passionnant, une succession de petites monographies qui ne présentent au bout du compte qu'un intérêt anecdotique bien limité. Ainsi, par exemple, le chapitre sur les rites (p. 203-254), où tant de gestes, vêtements et autres objets sont minutieusement décrits, non sans un certain amusement évident de l'auteur, sans qu'il n'essaye d'en tirer la moindre conclusion ou synthèse. Il nous fait bien visiter grenier et sacristie d'une église sans parvenir à nous faire saisir l'intérêt d'une telle visite au-delà de son côté pittoresque, voire insolite ou saugrenu, qui semble largement lui suffire…
Enfin, notre déception est redoublée du fait qu'il existe si peu de livres ethnologiques sur la « tribu » des prêtres catholiques : alors, pour une fois qu'il en paraissait un…