Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Louis Chardon

La croix de Jésus où les plus belles vérités de la théologie mystique et de la grâce sanctifiante sont établies

Sr Marie-Pascale Gounon, clarisse

Paris, Éd. du Cerf, coll. « Sagesses chrétiennes », 2004. - (14x20), 912 p., 59,00 €.

Esprit et Vie n°146 - mars 2006 - 2e quinzaine, p. 30-31.

Le chef d'œuvre de Louis Chardon, o.p. (1595-1651), publié en 1647, puis seulement en 1895 par le P. Bourgeois, o.p., qui crut bon d'en « moderniser » la forme pour le rendre plus accessible, ce qu'Henri Bremond lui reprocha en présentant Chardon avec enthousiasme au début du volume VIII de l'Histoire littéraire du sentiment religieux. L'édition du texte original est due, en 1937, au P. François Florand, reprise dans la collection « Sagesses chrétiennes » avec quelques modifications : traduction française des notes en latin ou grec, mise à jour de l'apparat critique, numérotation des paragraphes, augmentation de la table analytique. Ce travail a été assuré par le P. G.-M. Carbone, o.p.

Ce gros volume, d'abord difficile pour qui n'est pas familier de la spiritualité du début du xviie siècle, comporte en réalité trois ouvrages : 1) L'introduction du P. Florand, indispensable à la compréhension et à la bonne interprétation de l'œuvre de Chardon ; 2) Le traité proprement dit ; 3) Les traductions inattendues de l'épître de Denis l'aéropagite à Timothée, évêque d'Éphèse et une homélie d'Origène.

Rarement cité par les auteurs spirituels, les théologiens font référence au P. Chardon à propos de la grâce, de la croix et du Corps mystique. Il s'agit en effet d'un traité de théologie spirituelle autour du thème de la souffrance purificatrice dans la perspective de l'époque et de la perfection individuelle. Il l'a écrit pour aider les nombreux chrétiens fervents qui se mettaient sous sa direction spirituelle à avancer dans les voies de la sainteté du siècle cornélien. À sa manière, c'est aussi un livre de consolation.

Pour que sa lecture soit profitable, il faut dépasser le malaise éprouvé dans le premier entretien où l'humanité du Christ n'est présentée que dans un état souffrant, « une inclination à la croix » depuis le premier instant de sa conception jusque par-delà sa mort pour satisfaire à « la colère de la justice de Dieu ». On ne peut le suivre sur ce terrain, du moins dans la formulation héritière d'une certaine « théologie de la croix » qui mènera jusqu'au dolorisme du xixe siècle. Chardon dit cependant (n° 176) : « Il faudra que l'homme confesse maintenant qu'il ne peut recevoir de preuves plus avantageuses de l'amour de Dieu que par le don qu'il lui a fait de son Fils », mais semble oublier que « notre rédemption n'est pas quelque chose qui se passe entre Dieu et son Père. Elle se passe entre Jésus avec son Père d'un côté, et nous, de l'autre » (B. Sesboüé, Croire, p. 297).

Ce traité est divisé en trois « entretiens » d'inégale longueur. L'idée fondamentale du premier est de révéler les exigences, toutes les exigences de la grâce sanctifiante et l'incorporation au Christ dans le Corps mystique. Il se termine par une réflexion équilibrée sur la Vierge Marie : en donnant sa nature humaine au Christ, elle lui donne de quoi souffrir. Si elle est associée comme aucune créature à la Passion de son Fils, il ne s'agit pas de corédemption : le Christ est l'unique Rédempteur.

Le second entretien est l'illustration pratique du premier : « Des diverses manières que Dieu emploie pour se communiquer aux âmes saintes en la vie suréminente, soit par les consolations soit par les désolations ». Dans cet entretien, l'auteur exerce son expérience d'accompagnateur spirituel, peut-être aussi témoigne-t-il de sa propre vie mystique.

Le troisième entretien revient à l'explication doctrinale et l'achève. On passe du Christ à la Trinité. S'il ne parle pas explicitement des dons de l'Esprit Saint, il insiste sur l'importance de l'eucharistie lui donnant la primauté sur l'oraison. C'est dans cet entretien que l'on rencontre un résumé de la doctrine du Pseudo-Denys (p. 803-810) et le sermon d'Origène sur Marie-Madeleine, reprise d'une traduction de Coeffeteau (p. 869-884) sur laquelle se clôt le livre.

Chardon est un écho de la piété dominicaine de son temps, dans la mouvance de la réforme de Michaelis : il fit partie de l'équipe des formateurs du couvent de l'Annonciation. Il refuse de séparer théologie scolastique et mystique car les deux se complètent : l'une éclaire, l'autre agit. Il est un lecteur assidu de la Bible et des Pères sans les suivre toujours. Le Pseudo-Denys est omniprésent dans son œuvre, ainsi que l'influence des mystiques rhénans. Il a des points de contact avec le Carmel, il fréquente l'oratoire et les spirituels de son temps sans être inféodé à quiconque.

Ajoutons que sa langue classique et son style apportent du plaisir au lecteur qui les goûte.

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