Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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La revue des revues

P. Louis Debarge

Esprit et Vie n°134 - septembre 2005 - 2e quinzaine, p. 30-31.

I. Le sourire du pape

« Nous ne saurons jamais tout le bien que peut faire un simple sourire. » (Mère Teresa.) « Si quelquefois vous rencontrez une personne qui refuse de vous donner le sourire que vous méritez, soyez généreux, donnez-lui le vôtre ! »

Le sourire généralement tenu pour un mode d'expression personnel et naturel est en réalité tributaire du contexte environnemental, social et culturel.

Le sourire du pape Jean-Paul II brandissant la colombe de la paix irradie la couverture du mensuel chrétien Panorama (n° 410, mai 2005).

Vous ne pourrez pas oublier le même sourire auréolé gravé sur la couverture et dans les pages de Paris-Match (n° 2916, avril 2005), ni les vingt-six pages de commentaires et documents d'un numéro suivant (n° 2919) du même hebdomadaire (tiré à plus d'un million d'exemplaires).

S'inscrit dans la mémoire des lecteurs le sourire du cardinal Ratzinger (grand théologien, collaborateur de Jean-Paul II avant de lui succéder). « Son regard transparent et son doux sourire (p. 37-38) modulent sereinement une robuste détermination. »

Sourires de papes ! Sourires partagés par des foules de fidèles et d'admirateurs de tous âges et de toutes cultures, « faisant accéder les cœurs à la ferveur des Béatitudes, leur donnant le goût de la paix, du dialogue, du partage, dans le rejet de toute discrimination ».

II. L'avenir du catholicisme

Le Monde des religions (mai-juin 2005) s'interroge sur l'avenir du catholicisme. Dans la rubrique « Actualité », Henri Tincq (p. 10-14) tente de définir les cinq chantiers sur lesquels devra travailler le nouveau pape : 1) poursuivre le dialogue avec la société moderne ; 2) redonner du poids aux Églises locales ; 3) diversifier l'accès aux ministères ordonnés ; 4) sortir d'un discours normatif en matière morale ; 5) dialoguer d'une manière constructive avec les autres confessions chrétiennes (protestants, orthodoxes) comme avec les autres familles d'esprit (croyants ou non-croyants).

Sur l'avenir du catholicisme, des personnalités d'autres confessions chrétiennes ou d'autres religions (p. 16 et 17) font part de leurs interrogations et le géopoliticien François Thual esquisse une projection du futur de l'Église catholique en 2050. Il voit venir une Église coupée en deux, celle des « masses » (sentimentale) et celle « de la hiérarchie » (intellectuelle et dogmatique). Selon lui, c'est en Europe que restera « l'ancrage symbolique, intellectuel et culturel » du catholicisme (p. 23).

Faut-il en déduire que le « discours catholique » ne changera pas ? « Le discours officiel, structuré autour des données de la Révélation, substantiellement demeurera stable, mais en revanche, ce qui va profondément changer, c'est le discours externe (celui de la communication). » (p. 23.)

Odon Vallet, historien des religions, en page suivante (p. 24) se montre plus prudent. Il insiste sur « les limites de la prospective ».

III. Les religions et la préhistoire

Pour les amateurs d'archéologie (qui ne cessent de croître), Le Monde des religions (mai-juin 2005) propose (p. 28-35) un dossier sur les religions de la préhistoire (l'apparition du sentiment religieux, la signification du chamanisme, l'émergence des divinités).

Le préhsitorien Jean Clottes estime probable que les hommes du paléolithique connaissaient et pratiquaient le chamanisme.

Un document de Yasmina Khoury (p. 38) voit dans le chamanisme la première tentation d'explication du monde qui nous entoure. Le chamanisme y est présenté comme le trait d'union entre le visible et l'invisible.

Yves Lambert nous décortique le processus de pensée qui fit accéder à l'idée de dieux : « Comment l'homme est-il passé d'un rapport horizontal et direct avec la nature à une relation verticale et distanciée avec les ancêtres et les dieux ? » Ainsi formule-t-il sa problématique.

IV. Les « astronomes de Dieu »

Sciences et avenir (n° 698, avril 2005) traite du rapport entre l'astronomie et la religion. On y découvre (p. 82-87) qu'il fut un temps où les églises étaient des observatoires astronomiques permettant de suivre la course du soleil et de calculer la date de Pâques et des autres grandes fêtes liturgiques.

Elles comportaient (au sol ou dans l'architecture) des méridiennes ou autre repères héliométriques d'une grande précision. Quelques gravures sont apportées en illustration : les méridiennes de Saint-Sulpice (p. 84-85) ou de Santa Maria delle Flore de Florence (1475, restauration en 1755).

Définie par le concile de Nicée, selon des critères précis mais qui se sont avérés douteux, la fête de Pâques permit au pape Grégoire XIII (1502-1585) de fixer notre calendrier actuel.

On nous explique (p. 92 s.) les démêlés des savants astronomes avec l'Église. Membres du clergé ou non, les scientifiques, et en particulier les astronomes, ont eu du mal à imposer leurs découvertes face à la pression de l'Église et de son modèle du monde, allant parfois jusqu'à encourir les foudres de l'Inquisition. Cela n'empêcha pourtant pas la science de trouver place dans l'Église. Chez les jésuites, on étudiait la théologie mais aussi la physique et les mathématiques (p. 94). Nul n'ignore l'affrontement entre Galilée et Urbain VIII (p. 95). En bref, l'Église aurait, sans le vouloir, encouragé les travaux astronomiques et mathématiques qui allaient jusqu'à nier sa vision égocentrique de l'univers.

V. Les sectes

Le Nouvel Observateur (n° 2115, 19-25 mai 2005) présente un dossier sur les « nouveaux pièges des sectes ».

En ces temps de mutation, on s'interroge sur les origines des références (religieuses, sociales et culturelles) de nos communautés et l'avenir des institutions qui les sous-tendent (famille, État-nation, Europe, armée, alliances militaires, etc.). Le Nouvel Observateur est devenu un « espace » ou une « tribune » incontournable de débats sur ces questions fondamentales.

Dans ce n° 2115, Sylvain Courage, Marie Lemonnier, Hubert Prolongeau et Georges Douguéli rassemblent un dossier sur les nouveaux pièges des sectes.

On conviendra que ce n'est pas une question anodine que celle de leur emprise sur des personnes de bonne foi, désarmées devant les ruses des techniques de manipulation et la séduction des pseudo-thérapies ou des formations bidon de leurs gourous encravatés (plus experts en extorsion qu'en authenticité spirituelle). Cinquante-huit bureaux dans le monde, quatre cent soixante-quinze salariés, sept mille bénévoles, Landmark Education, mouvement dissident de la scientologie, aurait déjà sept cent mille « clients », affirment les enquêteurs.

VI. Un phénomène de société : « Souriez, SVP »

Dans L'Express (n° 2012, 23-29 mai 2005, p. 84-91), on découvre qu' » au bureau, à la télévision, dans la vie publique, dans la rue, on se doit de sourire ». Le sourire est l'émergence de l'âme mais aussi le mur de discrétion. « Faire fonctionner ses muscles zygomatiques est presque devenu une figure imposée », fait observer Jean-Sébastien Stehle (rubrique Société).

Tyrannie commerciale ? Arme médiatique ? Nouveau code de politesse ? Difficile de savoir ! S'agirait-il des trois ?

En tout cas, notre siècle a trouvé son mot d'ordre : « Souriez ! »

On sourit au journal télévisé, on sourit sur les affiches électorales, on sourit dans les publicités. Le sourire est devenu le prélude de toute relation. « Gare à ceux qui n'ont pas un joli sourire. »

Techniquement, les choses sont assez complexes. « Le sourire n'est perçu positivement qu'à deux conditions : que les lèvres s'entrouvrent et s'élargissent plutôt rapidement en découvrant les dents et qu'un bref clignement d'yeux vienne aussitôt ponctuer le mouvement des lèvres. Le jeu de la bouche signifie l'ouverture, le clignement des paupières marque l'apaisement. Tous deux doivent être rapides…

Le clignement des yeux ne suffit pas pour rendre le sourire amical. Il faut qu'il soit bref et comme « à regret », comme doit être continue l'ouverture de la bouche, sinon c'est de rire qu'il s'agit. Je présentais ainsi les choses naguère dans ma « Radioscopie du sourire » (bulletin Ensemble, Institut catholique, Faculté des lettres et sciences humaines, Lille, XXXI, X, n° 2, juin 1982, p. 81-88).

L'enquête journalistique sur le sourire comme phénomène de société est une chose, mais le décryptage de sa signification en est une autre. L'herméneutique du sourire reste à faire. De la Joconde, peinte en 1503-1506, on débat encore pour démêler si elle sourit vraiment ou non. « Mais il faut se rendre à l'évidence, l'enfant dans son berceau sourit aux anges. Au plus bas de notre humeur, rien ne nous empêche de le faire ! »

Ne vous singularisez pas ! Souriez, SVP !

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