Revue catholique de formation permanente
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…
Échos de colloques
P. Ferdinand Guillén Preckler, sch.p.
Esprit et Vie n°131 - juillet 2005 -, p. 27-28.
L'Église du Cameroun se montre spécialement active dans la formation, le débat et la diffusion des sujets qui concernent les chrétiens africains. Au cours de ces derniers mois, trois manifestations d'une certaine importance ont eu lieu : un colloque international sur « Justice et Sorcellerie », une session de formation permanente pour religieux sur « La spiritualité de communion » et les conférences théologiques de l'Institut catholique de Yaoundé sur « Ecclesia in Africa : perspectives ».
Justice et sorcellerie
Du 17 au 19 mars 2005, la Faculté de sciences sociales et de gestion de l'Université catholique de l'Afrique centrale (UCAC) a abrité un colloque international sur « Justice et Sorcellerie ». Le P. Éric de Rosny, expert dans le thème de la guérison traditionnelle en Afrique depuis son célèbre livre Les yeux de ma chèvre, a été l'animateur de cette rencontre.
Bien que le but ait été d'éclaircir le difficile rapport entre les acteurs d'un phénomène complexe (qui échappe normalement à la vérification empirique et la conduite juridique à suivre envers eux), le colloque a aussi réussi à en faire un tour d'horizon très complet.
En effet, on a écouté des présentations générales de « l'univers de la sorcellerie », comme système social qui envisage de gérer la menace de la perversité humaine, mais aussi des analyses concrètes de milieux divers - la France rurale, la Nouvelle-Calédonie, les Fang du Gabon, les Maka de l'Est du Cameroun, les habitants de Limpopo en Afrique du Sud. La projection d'un documentaire camerounais : Un œil dans les ténèbres et les commentaires du groupe de réflexion sur la sorcellerie (Douala) ont donné une base phénoménologique aux débats. Puis on a confronté dialectiquement la sorcellerie à diverses sciences humaines : anthropologie, politique, sociologie, économie, gestion d'entreprise et psychothérapie. Mais on a surtout suivi les difficultés d'application des codes pénaux camerounais et ivoirien qui, dans l'article 251, inspiré du Code Napoléon, prévoient des sanctions pour ceux qui pratiquent la sorcellerie. La possibilité d'employer le témoignage ou les méthodes des « nganga » traditionnels a été même envisagé dans certains tribunaux locaux.
Enfin, la parole a été donnée à un théologien catholique et à un pasteur protestant, pour connaître la conduite des Églises face à ce problème. À partir des données bibliques et traditionnelles : la « magie » ne serait-elle pas une forme d'idolâtrie ? Le Christ n'a-t-il pas triomphé des « ténèbres » ? Le témoignage du P. Meinrad Hebga, s.j., qui s'attèle avec compassion à combattre la sorcellerie par tous les moyens naturels et surnaturels, a clôturé le colloque qui a éveillé un énorme intérêt de la part d'un public venu de tous les horizons.
Spiritualité de communion
Du 29 mars au 1er avril 2005, sous le patronage de la Conférence des supérieurs majeurs du Cameroun a eu lieu la troisième session de formation permanente pour les religieux et religieuses. L'Institut de théologie et pastorale pour religieux Sainte-Bakhita (ITPR) et l'École théologique Saint-Cyprien (ETSC) étaient responsables de son animation. La session entendait simplement connaître et débattre les numéros 28-32 du document Repartir du Christ de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée.
Le premier jour a été consacré aux fondements bibliques et théologiques de la koinonía. L'exposé des Actes des Apôtres, de la théologie de Paul et de l'emploi théologique de Jean dans sa première lettre a constitué la leçon inaugurale. Elle fut complétée par une explication de l'icône de la Trinité de Roublev qui a développé le source trinitaire de la communion ecclésiale et personnelle, comme fondement théologique. Le deuxième jour a été consacré à la « pratique communautaire de la communion dans la vie consacrée ». On s'est intéressé à la psychologie quotidienne des communautés religieuses sous l'angle spécialement féminin - la « vie communautaire » ne serait-elle pas une sorte de quatrième conseil évangélique ? - mais aussi à la présence de l'autorité et sa fonction en vue de la communion fraternelle. L'apport de la spiritualité ignacienne, si riche sur ce point, a été spécialement apprécié. Le troisième jour a été consacré aux aspects plus actuels du thème : « la communion entre charismes anciens et nouveaux » et « le partage du charisme avec les laïcs ». La présence de nombreux mouvements d'une forte spiritualité biblique de communion n'a pas laissé indifférentes les communautés religieuses classiques. La fécondation mutuelle dans l'Église d'aujourd'hui, dans une situation post-missionnaire, demande une réflexion et un renouvellement véritables. L'intérêt des laïcs à partager les charismes des ordres et congrégations constitue un authentique « signe » des temps. La présence de ces nouveaux groupes, leur finalité, leur formation, leur rayonnement apostolique méritent d'être connus et partagés. En suivant le document, on a terminé la session par l'exposé sur « la communion avec les pasteurs ». Quel sens d'Église locale doivent avoir les religieux ? Quel respect des charismes et de la vie communautaire doivent avoir les évêques ? Thème d'actualité dans nos jeunes Églises où travaillent ensemble les anciennes congrégations missionnaires internationales et les congrégations autochtones fondées par les évêques ou les religieux et religieuses du pays. La vie religieuse, en effet, est en train de vivre un nouveau chapitre de son histoire. La messe finale, présidée par le vicaire général de l'archidiocèse du Yaoundé, a voulu souligner cette communion.
Ecclesia in Africa : perspectives
Du 11 au 13 avril 2005, la Faculté de théologie de l'UCAC a organisé ses conférences annuelles. Il faut se rappeler que le 14 septembre 1995, dans la cathédrale de Yaoundé, le pape Jean-Paul II signait l'exhortation post-synodale Ecclesia in Africa. Faire un bilan des dix années passées et réfléchir au prochain synode africain, déjà annoncé, était un devoir incontournable.
Le premier sujet abordé a été celui de la relation dialectique et de l'intégration de deux concepts théologiques tout à fait actuels : inculturation et libération. Avec des références à des auteurs latino-américains et africains, on a montré la complémentarité de leurs vues et l'originalité des positions africaines.
La Bible a été encore à l'honneur avec la deuxième conférence très fouillée sur la présence de l'Écriture dans le document et sur la pertinence de sa méthode d'utilisation. Tout encourage à poursuivre la formation biblique du peuple de Dieu.
La troisième conférence a été une analyse détaillée de la réception de Ecclesia in Africa, concrètement, au Cameroun et à travers les diverses catégories des acteurs pastoraux, avec un bilan nettement positif, bien que de nombreux aspects restent encore à approfondir.
La quatrième conférence était animée par un pasteur de la Faculté de théologie protestante de Yaoundé. C'était le moment d'écouter un bilan de l'œcuménisme au Cameroun et d'entrevoir des chemins pour l'avenir. La carte religieuse de l'Afrique étant en nette dépendance des avatars des missions à l'époque coloniale, on comprend que le background est très différent de l'Europe où les divisions se sont produites de façon historique et directe.
Le cinquième sujet abordé a été celui de la formation des laïcs selon Ecclesia in Africa. Un parcours sur les documents de l'Église sur le sujet à partir d'Apostolicam actuositatem a permis de voir l'évolution des buts de la formation des laïcs, des programmes et des structures et moyens. En effet, d'une finalité typiquement apostolique, très influencée par les méthodes de l'Action catholique, on envisage de plus en plus le processus de maturation du disciple du Christ qui, en Afrique spécialement, doit approfondir sa foi pour pouvoir imprégner la société des valeurs chrétiennes. Un regard sur Novo millennio ineunte a ouvert la perspective de la sainteté comme horizon de formation du peuple de Dieu.
Enfin, la sixième conférence a abordé nettement la perspective du nouveau synode. Elle a rappelé le dilemme synode - concile africain et a souligné l'importance de deux thèmes pour l'avenir : le rapport Rome et Églises d'Afrique et le débat sur l'inculturation dans un moment de changement si rapide de cultures. Mgr Victor Tonye Bakot, archevêque de Yaoundé, a honoré de sa présence cette manifestation et a donné son témoignage comme membre du synode africain de 1994 à Rome.
On espère avoir dans un prochain avenir les actes de ces trois manifestations qui représentent bien la vitalité de l'Église au Cameroun et concrètement à Yaoundé, devenu un centre international de formation catholique grâce aux multiples instituts crées ces derniers temps [1] et en raison de la situation géographique centrale du pays et de sa relative tranquillité sociopolitique.
[1] Par ordre chronologique : École théologique Saint-Cyprien (1979) pour la formation sacerdotale des religieux des congrégations missionnaires ; Institut philosophique Saint-Joseph-Mukasa (1989) pour la formation philosophique des religieux ; Université catholique de l'Afrique centrale, Institut catholique de Yaoundé (1991), avec les facultés de théologie, sciences sociales et gestion, philosophie, et un département de droit canonique ; Institut de théologie et de pastorale pour les religieux (1991) pour la formation de religieux et de religieuses en sciences religieuses ; Centre de théologie et pastorale pour laïcs (1994), pour la formation des laïcs en général, des catéchistes et des responsables des chorales. Depuis 1960, il existe une Faculté de théologie protestante, fondée et soutenue par diverses confessions réformées.
Premièrement, je pense que c'est un peu réducteur que de parler de « spéculations théologiques ». Et en second lieu, il faut d'abord se demander de quelle formation parle-t-on ?
Certes la formation des laïcs n'est pas le souci majeur de beaucoup de Pasteurs en Afrique, mais il ne faut pas ignorer les nombreux efforts faits par certains, spécialement les communautés religieuses, dans ce sens. Dans le cas du Cameroun par exemple, au regard des activités pastorales menées par des prêtres religieux et des religieuses dans les paroisses, je constate chez beaucoup un grand dévouement pour la formation des laïcs. Je me rappelle même que c'est l'un des éléments essentiels du charisme des prêtres, frères et sœurs de la Société de l'Apostolat Catholique (les Pallottins). C'est vrai que c'est rien, au regard de l'étendu du travail à faire. Mais il nous faut un début, des gens qui y croient et qui osent, et l'exemple fera peut-être tâche d'huile.
Il ne faut pas également oublier que ces colloques, conférences et autres moments de formation sont ouverts à tous. Mais combien de laïcs y viennent ? Combien s'y intéressent ? Dans toute formation il faut un moment de discours.
À mon avis, la responsabilité de la formation des laïcs est à partager entre les Pasteurs et les laïcs eux-mêmes. Si nous savons très bien ce que doit faire le Pasteur, nous ignorons très souvent que sans l'adhésion libre du laïc à former, la formation est impossible.