Esprit & Vie

Revue catholique de formation permanente

La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier biblique, s’approprie les éléments d’une question théologique, ouvre ses horizons sur une période de l’histoire ou de l’art…

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Anne et Marie Rambach

Les intellos précaires

Fr. André Prévot, f.e.c.

Paris, Éd. Fayard, 2001. - (15x23,5), 328 p., 18,25 €.

Esprit & Vie n°59 / juin 2002 - 1e quinzaine, p. 20-21.

Les auteurs, précaires elles-mêmes, décrivent cette catégorie sociale qui, d'ailleurs, n'est pas reconnue comme telle. Pourtant les « intellos précaires » existent et ils travaillent dur. Ils sont tout sauf salariés, ils touchent bien des émoluments mais sans référence à quoi que ce soit.

Ils sont superdiplômés et c'est peut-être ce qui les perd. S'il fallait les payer, ils crèveraient le plafond. Les entreprises dans l'ordre de la communication, des arts, du militantisme, de l'internet, des lettres les emploient et les recherchent. Ils font un excellent travail, gratuitement pourrait-on dire mais largement efficace. Car ce sont des travailleurs qui ne comptent pas avec leur peine, très documentés, ou expérimentés. Ils sont irremplaçables. Ils trouvent leur satisfaction dans leur travail.

Mais comment font-ils pour vivre ? Des studios étriqués, malsains parfois, dans des immeubles vétustes, loin de tout confort, c'est leur lot. Comme ils sont de familles aisées qui leur ont payé des études longues parfois et coûteuses, ils ne sont donc pas sans soutien. D'autant que, pour réaliser le travail qu'ils accomplissent, ils doivent être équipés d'ordinateurs, reliés à internet. Certes, du fait de leur travail, ils disposent d'avantages comme des cartes de journalisme, ils peuvent être rattachés à des galeries d'art. Ils sont donc conviés ou invités à des inaugurations ou à des vernissages. Comme l'argent peut leur faire défaut et qu'ils ont donc des difficultés à s'alimenter, ils peuvent y trouver comme des compensations.

Drôle de profession que celle des « intellos précaires ». Ils sont clairement exploités même si leurs employeurs cherchent à garder ces perles rares. Mais personne ne les défend et aucun syndicat ne les prend en charge. Peuvent-ils compter les uns sur les autres ? Rien n'est moins évident car on aurait à faire comme à une jungle.

Les auteurs interrogent des « intellos précaires » qui donnent leurs témoignages et leurs expériences. Le livre est alors captivant. C'est une galerie de portraits typés, pris sur le vif. Leur vie est décrite avec leur environnement et leurs activités très diverses. On rencontre des caractères qui cherchent plus à travailler et à faire quelque chose qui les passionne qu'à gagner de l'argent. Ils ont dans la trentaine, sans charge de famille. En général, ils sont honnêtes et ne cherchent pas à se tirer d'une situation extrême par une arnaque. Pourtant, quand leur compte est à découvert, quand ils ne peuvent pas obtenir une location car ils sont sans fiche de paie, une entourloupette ou une malversation pourraient les tenter. Ce sont des caractères tout à fait éloignés de la paresse. N'avoir rien à faire leur est mortel et insoutenable. Aussi ils acceptent non pas n'importe quel travail mais une occupation qui correspond à leur qualification même mal ou non payée.

C'est à un travail de sociologue que se sont livrés nos deux auteurs. Mais qu'en adviendra-t-il de ces intellos précaires ? Le livre se termine par un rêve. Y aura-t-il un avenir radieux ? Peut-être les précaires se « rangeront-ils », deviendront-ils patrons ou cadres oublieux de leur passé. Pour cela, il faudra qu'ils s'adaptent et renoncent à leur liberté de précaires.

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